29 septembre 2020

Mesure des pesticides dans l’air : résultats de la campagne exploratoire nationale 2018-2019

En 2018, l’Anses, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) en tant que membre du Laboratoire Central de Surveillance de la Qualité de l’Air (LCSQA) et le réseau des Associations Agréées pour la Surveillance de la Qualité de l’Air (AASQA) fédéré par ATMO France ont lancé une grande campagne exploratoire de mesure des résidus de pesticides dans l’air en France.

De juin 2018 à juin 2019, Madininair a participé à cette campagne nationale en effectuant des prélèvements sur un site de la commune de Macouba, choisi pour son profil rural et arboricole. Les échantillons ont été envoyés à l’Ineris : 75 substances actives, présentes dans la composition de produits phytopharmaceutiques, de biocides, médicaments vétérinaires et antiparasitaires à usage humain, ont été analysées. L’Ineris a exploité les données de Martinique et de l’ensemble des territoires français pour établir un premier état des lieux des niveaux de contamination en résidus de pesticides dans l’air ambiant en France.

Pour rappel : il n’existe pas de valeurs réglementaires pour les pesticides en air ambiant.

CE QU’IL FAUT EN RETENIR AU NIVEAU NATIONAL

  • 100 000 données collectées sur une année, 1 800 échantillons analysés et 75 substances mesurées sur 50 sites répartis sur le territoire national
  • Les substances ciblées entrent, selon le cas, dans la composition des produits phytopharmaceutiques, de produits biocides, de médicaments vétérinaires et antiparasitaires à usage humain. Elles avaient été priorisées par l’Anses sur la base de leurs caractéristiques de danger et de critères d’utilisation, d’émission et de persistance dans l’air
  • La répartition des 50 sites de prélèvements couvre l’ensemble des régions et prend en compte les différents types de zones d’habitation (50% de sites urbains/péri-urbains et 50% de sites ruraux) et de productions agricoles (26% de sites en grandes cultures, 18% de sites viticoles, 20% de sites arboricoles, 10% de sites en maraîchage, 6% de sites d’élevage, et 20 % de sites sans profil agricole majoritaire)
  • 5 substances n’ont pas été détectées ni en métropole ni dans les DROM (carbetamide, chlordecone, dieldrine, oryzalin, tebuthiuron)
  • Le nombre de substances fréquemment quantifiées [3] est faible : 9 en métropole (chlorothalonil, chlorpyriphos methyl, folpel, glyphosate, lindane, S-métolachlore pendiméthaline, prosulfocarbe et triallate) et 2 dans les DROM (pendiméthaline et S-métolachlore)
  • 3 substances ont été quantifiées sur plus d’un prélèvement sur deux en métropole : il s’agit du glyphosate et de la pendiméthaline, appartenant tous les deux à la famille des herbicides et du lindane (pourtant interdit d’utilisation depuis 1998)
  • En termes de concentrations moyennes annuelles, 10 substances présentent des concentrations moyennes annuelles supérieures de 0,1 ng/m3 : 8 en métropole dont 2 avec des niveaux de concentrations nettement supérieurs aux autres : le folpel (fongicide utilisé sur les vignes) et le prosulfocarbe (herbicide utilisé principalement sur les céréales d’hiver), et 2 dans les DROM (S-métolachlore et pendiméthaline, herbicides)
  • Parmi les substances interdites recherchées, le lindane a été très fréquemment quantifié en raison de sa dégradation lente et donc sa persistance dans l’environnement, ainsi que sa volatilité (érosion des sols, remise en suspension, …), avec cependant une concentration moyenne annuelle inférieure à 0,1 ng/m3
  • Les données globales annuelles par profil agricole n’ont pas permis de distinguer des substances exclusivement liées à certaines cultures
  • La comparaison des données selon les typologies d’exposition (urbain/rural) n’a pas montré de différences significatives
  • L’étude de la distribution temporelle des niveaux de concentration toutes substances confondues et par profil agricole, a permis de conforter et de compléter les données relatives aux périodes de traitement connues des différentes cultures en métropole.
  • Les 100 000 données de cette campagne ont été bancarisées dans la base nationale des données sur la qualité de l’air « GEOD’AIR »

CE QU’IL FAUT EN RETENIR POUR LA RÉGION MARTINIQUE

  • Contribuant à un échantillon national, les résultats recueillis sur le site de Macouba n’ont pas vocation à dresser un bilan territorial représentatif de notre région. Cependant, ils permettent de compléter les connaissances et alimenter une base régionale de résultats (des mesures de pesticides ayant déjà été réalisées en 2012)
  • Sur le site de Macouba, 13 substances sur 72 recherchées ont été détectées : 5 herbicides (2,4−D, pendimethaline, propyzamide, prosulfocarbe, S−Metolachlore), 1 insecticide (cypermethrine) , 3 fongicides (difenoconazole, fluopyram, trifloxystrobine) et 4 substances interdites ou non utilisées en France (heptachlore, lindane, myrex, pentachlorophenol)
  • Le glyphosalte n’a pas été recherché sur le site de Macouba, cette "substance polaire" (tout comme le glufosinate et l’AMPA) nécessitant un appareillage différent des autres substances implanté sur seulement 8 sites spécifiques en métropole
  • Sur les 13 substances détectées, seules 7 ont été quantifiées : 2,4−D, difenoconazole, fluopyram, S-métolachlore, pendiméthaline, trifloxystrobine
  • 2 substances ont été quantifiées plus fréquemment : le Pendiméthaline (herbicide principalement utilisé sur la canne à sucre et le maraîchage) et le S-métolachlore (herbicide principalement utilisé sur la canne à sucre et l’ananas)
  • En termes de concentrations moyennes annuelles, 3 substances présentent des concentrations moyennes annuelles supérieures à 0,1 ng/m3 : S-métolachlore (herbicide), la pendiméthaline (herbicide) et le fluopyram (fongicide) avec des concentrations moyennes annuelles respectives de 0,24, 0,33 et 0,33 ng/m3
  • Parmi les substances interdites, seul le pentachlorophénol a été quantifié, avec une concentration moyenne annuelle égale à 0,1 ng/m3. Les 3 autres substances interdites ont seulement été détectées : le lindane, le myrex et l’heptachlore. On soulignera par ailleurs l’absence de détection de la chlordécone sur le site de Macouba (comme, d’ailleurs, sur tous les autres sites DROM et métropole).

PERSPECTIVES
Atmo France et les AASQA rappellent la nécessité de la mise en œuvre d’une surveillance nationale règlementaire adossée à des valeurs de gestion. L’élaboration de ces dernières est incontournable afin de répondre aux questionnements et problématiques locales des territoires.
Dans cette attente, les AASQA réaffirment les recommandations suivantes :

  • Multiplication des sites de mesures pérennes afin de produire une information locale, fiable et représentative ;
  • Incorporation de la mesure des pesticides dans l’air ambiant comme indicateur de suivi dans les dispositifs actuels de réduction de l’usage des pesticides ;
  • Mise en place d’une plateforme nationale d’enregistrement des produits phytopharmaceutiques pour centraliser aussi bien les achats de pesticides que leur utilisation recommandée par le rapport parlementaire de la mission d’information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate de novembre 2019 ;
  • Prise en compte du suivi des pesticides dans l’air dans les politiques de santé environnementale.

EN SAVOIR +


Vous avez trouvé ce contenu intéressant ? Faites-en profiter vos amis :

Facebook

Toutes

Twitter

Toutes

Instagram

Toutes

Linkedin

Toutes

Youtube

Toutes
HAUT